Aïssatou Diallo, 20 ans, élève en au lycée Limamou Laye: Elle a accouché durant les épreuves du Bac, Mon bébé, une petite fille, est arrivée au deuxième jour des examens

Passer l’année du Bac en état de grosse n’est pas simple. Passer les épreuves en accouchant au deuxième des trois jours est encore plus difficile. Dans ces conditions, réussir à décrocher son parchemin avec une mention assez bien devient inédit. C’est pourtant ce qui est arrivé à Aïssatou Diallo, 20 ans, élève en série L’1 au lycée Seydina Limamou Laye de Guédiawaye (LSLL).

Par Moussa DIOP

« Quand on est enceinte, physiquement, on est souvent malade. Sur le plan mental, c’est dur d’allier grossesse et études. Mais au final, je peux dire Alhamdoulilah. Dieu m’a aidé pour avoir deux examens. Le Bac classique et le « Bac bébé » », plaisante malicieusement Aïssatou Diallo, natif de Guédiawaye, au quartier Cheikh Wade. « Je n’ai jamais quitté la région de Dakar », tient-elle à préciser pour couper court aux rumeurs sur son identité.
Au cours des épreuves du Bac 2020, la jeune femme, mariée depuis deux ans, en était à son neuvième mois de grossesse. « Je pouvais accoucher à n’importe quel moment. Mon bébé, une petite fille, est arrivée au deuxième jour des examens, mais Dieu merci, j’ai pu continuer à passer les épreuves pour le troisième jour », explique-t-elle en remettant son voile et en cachant ses mains avec le carton d’honneur fourni par l’éducation nationale quand elle a été primée au Concours général de 2019. « Et j’ai pu obtenir mon bac avec la mention assez bien en étant également la première élève de mon centre », se réjouit l’élève de la classe TL1B1, en série L’1 au lycée Seydina Limamou Laye de Guédiawaye. « C’est une fierté pour notre établissement, se félicite Mandaw Mbaye, le proviseur du LSLL Durant toute sa scolarité, l’administration et le corps professoral lui ont permis d’avoir un environnement propice à son épanouissement mais aussi un enseignement de qualité sans tenir compte de son état de grossesse. C’est une élève brillante qui a déjà été primé au Concours général en 2019 ».

Retour sur les événements

Le premier jour des épreuves du Bac, le 2 septembre, Aïssatou Diallo est allée au centre des examens du Lycée Seydina Limamou Laye de Guédiawaye « sans problème, sans contraction », mais elle savait qu’elle pouvait accoucher à tout moment. « Ainsi, dès ce premier jour, je suis partie voir le président du jury pour lui expliquer mon cas en précisant que ma grossesse était arrivée à terme. Il m’a rétorqué que « ce n’était pas grave, la situation allait être gérée » si je devais accoucher pendant que je passais le Bac », renseigne Aïssatou Diallo, qui avait déjà eu une fille.
Le jeudi, deuxième jour de l’examen, la matinée était consacrée aux épreuves de français et, l’après-midi, à celles de mathématiques. « Dès les épreuves du matin, j’ai commencé à ressentir des contractions. Elles n’étaient pas fortes, je pouvais gérer la douleur. Mais après l’épreuve de mathématiques, je suis rentrée chez moi vers 16 heures et les contractions étaient devenues insupportables. Je ressentais de plus en plus de douleur, donc je me suis rendue à l’hôpital où j’ai accouché à 17h40. J’ai passé la nuit à la maternité de l’hôpital. Au petit matin, la sage-femme à qui j’avais expliqué ma situation d’élève qui passait le Bac m’a demandé si je n’avais plus de douleur. Je lui ai répondu que non. Après m’avoir consultée, elle m’a confirmé que tout allait bien et que je pouvais aller continuer mon examen ». C’est ainsi que la jeune mère est retournée, ce vendredi matin-là, au Lycée Limamou Laye pour passer l’épreuve de LV2, portugais, et l’oral d’anglais.

« Approchez, approchez » est devenu « écoutez, écoutez »

Les journées de samedi et de dimanche furent très longues à cause du stress. « L’attente des résultats, l’inquiétude mais aussi le bonheur d’avoir ma fille étaient mélangés. J’étais un peu confuse et je me posais énormément de questions », décrit-elle son angoisse. Ce qui ne l’empêche pas d’en sourire aujourd’hui. « Avant, il paraît qu’on disait « approchez, approchez » quand le président du jury donnait les résultats, là c’était plutôt « écoutez, écoutez » car les résultats du Bac passaient à la radio en raison du respect des mesures barrières contre l’épidémie de Covid-19 », formule-t-elle.
C’est le lundi 7 septembre, vers 21 heures, qu’elle a entendu son nom à la radio. « J’ai eu le Bac avec la mention assez bien et je suis la première de mon centre. Ce fameux troisième jour d’épreuve n’a pas eu de conséquences néfastes dans mes résultats, car je m’en suis bien sortie en portugais et à l’oral d’anglais avec deux 18/20 », se réjouit la jeune mère et bachelière.
Sur le plan humain, cet épisode lui a permis « de renforcer (s)a foi car elle ne cessai(t) de demander à Dieu de (l)’aider à réussir les deux objectifs : accoucher et avoir le bac ».

Le regard des autres

Cet épisode a provoqué l’incrédulité chez plusieurs personnes, notamment au centre d’examen. « Quand je suis allée à l’école le vendredi, les élèves me regardaient, car ils m’ont vu mercredi et jeudi avec mon gros ventre et puis le vendredi, je suis apparue avec un ventre plat », raconte-t-elle. Une incrédulité qui était également accompagnée de compréhension. « En quittant la maternité, j’avais accusé du retard pour arriver au lycée. J’ai expliqué au président du jury que ce que je redoutais était arrivé et que je venais d’avoir une fille. Il m’a laissé entrer en salle pour poursuivre les épreuves », dit-elle avec gratitude.

Poursuite des études

Aïssatou Diallo et son époux, d’origine gambienne, forment un jeune couple qui n’est pas préservé des difficultés financières et de la précarité. C’est après insistance qu’elle peine à lâcher que leur deuxième fille peine à avoir des couches ou des habits. « Alhamdoulilah », dit-elle laconiquement quand on essaie d’en savoir un peu plus sur sa vie. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir l’objectif de construire un meilleur avenir pour sa petite famille. Ainsi, elle compte, si possible, poursuivre ses études à l’étranger non sans précisions : « Je souhaite aller dans un pays où mon port vestimentaire sera accepté ainsi que ma religion. Si je peux avoir une bourse pour aller en Arabie saoudite ou au Canada, je serai très heureuse ».

lesoleil

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